Soutenons les « petits » entrepreneurs et les indépendants !

Soutenir les « petits » entrepreneurs

L’esprit d’entreprendre n’est pas l’apanage unique des créateurs de start-up et d’entreprises en hypercroissance. Il doit être soutenu par les pouvoirs publics partout où il se trouve, notamment dans les quartiers. La « start-up nation » a peut-être été un slogan publicitaire efficace jusqu’à ce que la crise du COVID nous révèle qu’il était incapable de se suffire à lui-même et surtout qu’il ne peut pas être la seule ambition d’un grand pays comme la France. 

Les « petits » entrepreneurs ont un rôle important à jouer pour faire advenir le monde d’après, plus juste socialement et moins destructeur de notre environnement. C'est ce que j'ai pu faire en tant que maire de Paris, en lançant de nombreuses initiatives en faveur de l’entrepreneuriat, en particulier social. Au niveau national, je souhaite faire de même et encourager l’entrepreneuriat notamment auprès des personnes en retrait du marché de l’emploi.

Pour cela, certains constats semblent devoir être bien pris en compte. Il existe encore un déficit d’accompagnement, de protection et de simplicité administrative pour les micro-entrepreneurs. Les banques sont encore trop distantes dans l’accompagnement des entrepreneurs au profils atypiques, notamment dans les quartiers ou dans les territoires ruraux. 

Mes 3 priorités pour soutenir les « petits entrepreneurs »

1) Soutenir financièrement les associations

Ce soutien leur permettra d'aller chercher les talents et les accompagner dans la durée. Les moyens dédiés au Fonds de Cohésion Sociale sont trop faibles.

2) Donner une place beaucoup plus importante au microcrédit

Face à la frilosité des banques voire à leur refus de prêter à certains profils qu’elles jugent trop atypiques, le microcrédit accompagné doit trouver une place bien plus grande dans les dispositifs publics de soutien à la création d’emploi et à la promotion de l’entrepreneuriat. Sans doute au titre de leur politique de RSE, les banques doivent être davantage incitées, pour ne pas dire obligées, à soutenir des projets de création d’entreprises.  Pour les y inciter, nous donnerons ainsi à chaque jeune de 18 ans un capital de départ de 5000€, pour lui permettre de financer les projets de son choix.

3) Faire vivre les réseaux d’accompagnement

Si l'on veut créer des passerelles, découvrir puis soutenir les talents une fois qu’ils se sont lancés, tous les pouvoirs publics doivent aider à faire vivre des réseaux d’accompagnement, fournir des dispositifs de mentorat et des formations adaptées, notamment dans les lieux comme les lycées professionnels qui doivent donner aux jeunes l’envie de se lancer. Les mécénats de compétences que les banques mettent en place pour gérer de fins de carrière doivent être amplifiés pour aider à cet accompagnement.

Donner plus facilement accès aux réseaux d'entrepreneurs

Le fait d’entreprendre dépend malheureusement trop du capital financier et social initial. Il faut rendre l’accès aux réseaux d'entrepreneurs plus facile pour ceux qui se lancent, pour donner de la confiance, recevoir des conseils de mentors ou se former sur des compétences primordiales comme la comptabilité ou la gestion. Seuls 20% des entrepreneurs des quartiers populaires sont accompagnés par un réseau de ce type. C’est bien trop peu.

Utiliser davantage le micro-crédit accompagné

Le micro-crédit accompagné, trop méconnu, est le bon outil : il doit changer d’échelle quant à sa diffusion et à sa promotion. Là où le gouvernement ambitionnait 2 milliards d’euros d’encours en 2023, nous en sommes à peine à 1,6 milliard. Là où l’IGF voyait en 2009 un potentiel de 100 000 microcrédits distribués annuellement, nous en sommes à peine à 70 000 projets financés. 5 milliards d’euros de microcrédit accompagnés distribués par an et 200 000 projets financés par an, voilà l’ambition que nous nous fixons pour 2027 !

 

Œuvrer pour la convergence des droits des salariés et indépendants

La longue tradition de gauche dans laquelle nous nous inscrivons, c’est celle qui a œuvré pour améliorer les droits des travailleurs, de tous les travailleurs. Ce combat que nous portons pour la revalorisation du travail, pour l’égalité, ne doit pas s’arrêter aux bornes du salariat. Prolonger ce combat, c’est donc accorder les mêmes droits aux individus quel que soit leur statut.

Mes deux priorités en faveur des indépendants

1) Repenser l'assurance chômage

Je veux changer l’assurance chômage pour la rendre enfin universelle. Les indépendants pourront ainsi bénéficier d’une meilleure couverture financière et des mêmes dispositifs d’accompagnement de retour vers l’emploi en période d’inactivité que les salariés.

2) Donner aux travailleurs des plateformes les droits des salariés

La seconde priorité s’adresse aux travailleurs des plateformes dont le nombre a explosé avec le développement de l’économie numérique au cours des dernières années. On peut être favorable au statut d’indépendant lorsqu’il est choisi et correspond à une vraie aspiration des individus ; en revanche, il faut lutter contre toute situation où le statut d’indépendant n’est que de papier. Une présomption de salariat sera accordée à ces travailleurs afin qu’ils disposent des mêmes droits que les salariés (ex. SMIC, protection sociale, etc.). Par ailleurs, l’obligation de déclaration des travailleurs s’imposera à toutes les plateformes, y compris à celles non localisées sur le sol français.

En somme, oui à l’entrepreneuriat mais non au « larbinat des applis » pour reprendre une expression éclairante de Jérôme Fourquet. C’est donc dans cet esprit que nous mettrons fin à la situation précaire des travailleurs des plateformes numériques, afin qu’ils accèdent enfin aux droits et protections des salariés. Rien ne justifie que ces plateformes puissent prospérer en France sans contribuer à leur juste mesure au financement de notre modèle social.

Dans le prolongement des préconisations du rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFiPS) de septembre 2020, il faut améliorer l’équité sur le plan des retours de prestations entre les salariés et les indépendants et créer un socle de droits commun à tous les travailleurs et s’appliquant à toutes les formes d’activité professionnelle.

Oui à l’entreprenariat et au travail indépendant mais non au « détricotage » du salariat qui nous ferait revenir au XIXème siècle !

Accompagner les « petits » entrepreneurs dans leur transition écologique

Chacun d’entre nous doit pouvoir, à son niveau, s’engager dans le grand effort de transition écologique que nous avons à mener. Les indépendants auront toute leur place dans celui-ci !

Cette implication des indépendants dans la transition écologique se décline, tout d’abord, de façon sectorielle. Prenons l’exemple de la construction : les indépendants à toutes les étapes de la chaîne de valeur, de l’artisan du bâtiment à l’agent immobilier, pourront contribuer au grand programme de rénovation énergétique que nous lancerons, avec l’objectif de rénover 22 millions de logements d’ici à 2050. De la même manière, dans l’alimentation, les agriculteurs sont aux premières loges pour concilier souveraineté alimentaire et protection de l’environnement.

Au-delà de ces considérations sectorielles, il est nécessaire de porter une attention particulière aux spécificités du monde indépendant. Nous savons que la transition écologique est une source de complexité supplémentaire, plus difficile à absorber pour les indépendants que pour les grandes entreprises.

Aussi, nous veillerons à ce que l’ambition en matière écologique ne se traduise pas par une surcharge administrative. Nous pouvons imaginer, à ce titre, des dispositifs d’accompagnement des indépendants à la transition écologique, comme cela a été le cas dans le cadre du numérique, pour faciliter la compréhension des enjeux environnementaux, améliorer le suivi des impacts écologiques et mettre en place des actions de réduction de ces impacts.

« La transition écologique est notre plus grand défi, nous ne la réussirons qu’en mobilisant tout le pays ! »